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FSC induit les Canadiens en erreur en ternissant l’image des emballages de papier

Lettre ouverte à François Dufresne, président et chef de la direction de FSC Canada.

Monsieur Dufresne,

Je sais que le FSC est engagé dans une lutte à trois pour obtenir des parts de marché dans le domaine de la certification des forêts et du papier et que c’est dans le cadre de cette lutte que vous avez lancé récemment une nouvelle publicité vidéo destinée aux utilisateurs des emballages de papier et de carton.

En fait, en matière de publicité, ce n’est pas mal. Je vous félicite… sauf en ce qui concerne le gros mensonge, ou peut-être devrais-je dire limpression totalement trompeuse que laisse la vidéo au sujet des emballages de papier et de la déforestation. Parce que votre publicité habile perpétue un mythe sur les pratiques forestières qui salit la réputation de l’ensemble de l’industrie canadienne de l’emballage.

La vidéo commence pourtant bien. Quelque « 70 % des consommateurs veulent que les emballages de leurs produits proviennent de sources responsables ». Je suis tout à fait d’accord et j’aimerais que ce pourcentage soit plus élevé. La bonne nouvelle, c’est que tous les membres du CEEPC détiennent déjà une preuve d’approvisionnement responsable, c’est-à-dire une certification de traçabilité par un tiers indépendant de l’origine de la fibre, qu’elle soit vierge ou recyclée.

Le salissage

Mais vient ensuite le salissage. « Le papier, le carton et le bioplastique […] peuvent être un résultat de déforestation ou de mauvaises pratiques forestières. » Peuvent-être? Qu’est-ce que cela signifie? Qu’ils pourraient l’être? Ou peut-être pas? Que voulez-vous dire au juste? Et où sont les preuves, les exemples, de ce lien que vous faites entre les emballages et la déforestation? Malheureusement, votre vidéo n’en fournit pas. La réputation de tout le monde est entachée.

Lorsque vous avez affiché votre publicité sur Linked-In, je vous ai mis au défi de donner des exemples précis de situations des arbres ont été récoltés pour fabriquer des emballages dans des forêts qui n’ont pas été régénérées par la suite. Parce que c’est la loi au Canada, comme vous le savez, monsieur Dufresne. Toutes les terres forestières provinciales (de la Couronne) qui sont récoltées doivent être régénérées avec succès par la suite, soit naturellement ou artificiellement (par la plantation d’arbres ou l’ensemencement direct).

Une semaine s’est écoulée sans réponse de votre part, puis vous avez affiché le clip de nouveau. J’ai alors souligné (comme si vous ne le saviez pas déjà) que les Nations Unies ne considèrent pas que de la déforestation a eu lieu lorsque la forêt redevient une forêt, c’est-à-dire lorsqu’elle demeure une étendue boisée et qu’elle n’est pas convertie pour en faire une utilisation non forestière comme l’agriculture, les projets pétroliers et gaziers, les aménagements hydroélectriques, les lotissements résidentiels, etc. Voici un lien vers la définition de l’ONU du mot déforestation à votre intention.

Mais vous savez déjà tout ça. Vous l’avez reconnu lorsque vous avez répondu à mon deuxième commentaire sur Linked-In, et c’est affiché sur votre site Web : « La déforestation, le déboisement ou le défrichage est l’enlèvement d’une forêt ou d’un peuplement d’arbres lorsque le terrain est ensuite converti à une utilisation non forestière. » (Traduction libre, notre soulignement).

Les terres forestières

Dans quelle proportion les terres forestières du Canada ont-elles été converties à des usages non forestiers au cours de la dernière année pour laquelle des données sont disponibles? Selon Ressources naturelles Canada, on parle d’environ 37 000 hectares, soit seulement 0,01 %. Et dans quelle mesure l’industrie forestière est-elle responsable de la conversion des forêts en terres non forestières? Eh bien, ça représente un tout petit peu moins de 1400 hectares. Faites le calcul : cela signifie que le taux de déforestation de l’industrie forestière n’était que de 0,0004 %*. Oui, c’est trois zéros et un quatre après la virgule pour l’ensemble des industries de la forêt et du papier (bois d’œuvre, pâtes, papier journal, tout le monde).

Qu’en est-il de la contribution des emballages? Vous serez peut-être surpris d’apprendre, monsieur Dufresne, que pratiquement aucun arbre fraîchement coupé n’est utilisé pour fabriquer des emballages de papier et de carton au Canada. En fait, la plupart des boîtes et cartons fabriqués par les usines canadiennes contiennent 100 % de matières recyclées. Donc, essentiellement, ils ne sont responsables d’aucune déforestation. Nada. Alors, pourquoi dénigrez-vous l’industrie des emballages de papier et de carton du Canada et ses clients en avec de telles bêtises sur la déforestation? Pourquoi perpétuez-vous ce mythe? C’est inexact, malhonnête et cela porte atteinte à l’ensemble de l’industrie canadienne.

Oh non! Nous parlions des forêts du monde entier, dites-vous, en faisant référence à un article (écrit il y a plus de 10 ans!) sur les 10 pays qui ont les pires taux de déforestation au monde (dont le Canada ne fait pas partie, bien sûr). Je suis désolé, monsieur Dufresne, mais ce n’est pas suffisant. Vous avez affiché cela en tant que président de FSC Canada, et la vidéo est fièrement affichée sur le site Web de FSC Canada. Les gens seraient en droit de penser que vous parlez du Canada. Il n’en tient qu’à vous.

Si FSC Canada veut avoir la moindre crédibilité auprès de l’industrie des emballages de papier et de carton et de ses clients, je vous suggère fortement de supprimer immédiatement toute référence à la déforestation dans votre publicité. Et je serai parmi les premiers à vous féliciter pour votre honnêteté

Sincèrement,

John Mullinder

Directeur général, CEEPC


*En 2016, les forêts du Canada représentaient 347 millions d’hectares. De ce nombre, quelque 1 368 hectares (0,0004 %) ont été affectés par le Système national de surveillance du déboisement à la déforestation liée à la foresterie, principalement en raison de la création de nouvelles routes d’accès permanentes aux zones de récolte (Ressources naturelles Canada)..

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